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Locus - Claudy Malherbe (1950- )

 

Le flux du langage parlé courant s'incrit naturellement dans un profil mélodique plus ou moins ample.

Claudy Malherbe part du principe que l'intonation naturelle de la voix parlée (ici en anglais) peut constituer le point de départ, la grille, l'échelle fondamentale de tout un complexe musical.

"La voix n'est pas un instrument comme un autre : tout le monde en joue. Toute oreille, même non musicienne, sait discerner le rythme de la phrase, les inflexions de son intonation, les accentuations et les fluctuations de son intensité, comme les formes et les variantes de son timbre puisque c'est leur assemblage qui fait sens. Autrement dit, dans la parole, tout est déjà composé. On le sait, un flux parlé génère une mélodie, celle de la langue à travers son locuteur. Aujourd'hui, les outils d'analyse du son montrent qu'elle contient aussi une harmonie, une harmonie naturelle en sorte. Ainsi en maints endroits, la parole énoncée est mise en musique au moyen de ses propres contenus : rythmée par son articulation, harmonisée par ses éléments fréquentiels, animée par les contrastes dynamiques de son accentuation, colorée et orchestrée par des assemblages de ses duplications. Dans ce contexte, le choix de la langue ­ l'anglais ­ n'est pas fortuit. Parfaitement maîtrisée, elle permet la mise en jeu précise du matériau phonétique, même en des situations où elle se trouve très déconstruite. L'anglais est aussi une langue plus accentuée et mélodique que le français (l'alternative possible), ce qui n'est pas sans intérêt alors qu'elle constitue l'unique matière première de la pièce. Le texte de Locus est un montage original constitué de courts fragments empruntés à divers ouvrages techniques concernant l'acoustique vocale, la phonétique et la phonologie. L'ensemble fournissant à la fois le matériau vocal ainsi qu'un commentaire qui donne, au fur et à mesure du déroulement, la description des éléments et des situations en jeu (l'appareil vocal : larynx, gorge, langue, lèvres... ; respirer, parler, manger, etc.)."

 

Pour illustrer cette déclaration du compositeur, suivons son travail dans le passage d'un fragment parlé à sa musicalisation. Le comptoir prend comme point de départ cet énoncé "When speech sounds are made, the larynx may or may not itself be vibrating to produce an oscillatory flow of air". A partir de l'analyse temps/fréquence de cette phrase par le logiciel AudioSculpt de l'Ircam, une segmentation syllabique puis un lissage des partiels sont d'abord effectués. Ce résultat est ensuite resynthétisé puis transformé par réductions successives pour constituer un matériau musical original qui reste corrélé à la phrase parlée constituant son origine.

Le flux parlé est segmenté en autant de fragments qu'il contient de syllabes au moyen de marqueurs dans AudioSculpt.

 

 

 

 

 

Les partiels sont lissés, c'est-à-dire ramenés à leur valeur moyenne dans un segment, afin qu'à chaque syllabe corresponde un agrégat harmonique.

 

 

 

 

 

La séquence synthétique originale est constituée d'agrégats corrélés au plus juste à la séquence parlée génératrice. On entend d'abord 44 agrégats.

 

 

 

Séquence réduite à 23 éléments :

Séquence réduite à 11 éléments :

Séquence réduite à 6 éléments :

 

A partir de ce procédé, le compositeur a analysé un fragment parlé pour en recueillir la mélodie qui sera chantée par le choeur.

"Every language has melody in it"

1) Voix seule (mono) :

2) Electronique seule (mono) :

3) Voix parlée + électronique (stéréo) :

4) Choeur reprenant la partie électronique et voix parlée :

 

 

Oeuvre pour soprano, mezzo, ténor, basse et dispositif électronique
Commande de l'Ircam
Création : 23 juin 1997, Espace de projection de l'Ircam, Electric Phoenix
Durée : 30 minutes
Assistant musical : Eric Daubresse
Editeur : CRIMEditions

 

 

introduction