par Thierry M. CARABIN
« Quand il est mort le poète, ...»
Au moment d'écrire ces lignes, les paroles de cette chanson populaire me reviennent en mémoire. S'est-il un jour laissé bercer par cette bluette ? Je l'ignore et là n'est point l'essentiel. Lorsqu'une émotion nous étreint pour laquelle les mots sont impuissants, une telle réminiscence fait office de formule magique. Elle évoque la poésie que Pierre Max distillait. Elle représente l'étendue de l'oeuvre.
Les champs couverts par ce compositeur fécond sont immenses et variés. Des spécialistes les analyseront demain. Ils décortiqueront l'écriture et qualifieront le style. Pour l'auditeur, la magie est et demeurera. Tout professionnel d'un art, quel qu'il soit, sait les mouvements convenus qui reposent un temps le créateur. Pierre Max était un créatif infatigable, offrant sur chaque ligne une fleur originale. Unique, chacune l'est assurément. Et pourtant, un air de famille les rassemble : la légèreté propre au véritable génie.
Pierre Max a créé sans cesse de nouvelles fleurs. Il les a portées à Rome où un Premier Grand Prix a couronné un bouquet «gargantuesque» (1). Il les a offertes au Canada, en Afrique, au Japon, aux Etats-Unis et dans toute l'Europe. Partout, un public, séduit et soulevé par ses élans de créativité, a salué, debout, ses oeuvres. Ceci, nous le savons. Ceci, il ne s'en glorifiait point.
Il faut l'avoir vu écouter un élève ou un professeur de conservatoire. Cet homme, que l'art aurait pu séparer des autres, savait écouter et comprendre. Nul ne pourra jamais dire combien de fois il a trouvé le mot juste, pour aider, conseiller et faire progresser encore. Sa sensibilité était à l'image de sa composition. Son esprit foisonnant offrait à son entourage des perles de sa composition. Il offrait aussi le réconfortant spectacle d'un homme ayant gardé sa capacité à s'émerveiller.
Après une jeunesse tourangelle, Pierre Max a rencontré Simone auprès de laquelle il a écrit. Montmartre et sa rue Saint Vincent ont abrité ce couple charmant avant que le calme d'une verdure chatoyante ne les retienne, à trois jets de pierre de Paris. Là, cet été, il a rendu le dernier souffle quelques heures seulement après avoir achevé un ultime concerto. Il a gardé le sourire malicieux que nous avons tant aimé. Il nous laisse une oeuvre, riche de sourires promis.
Thierry M. CARABIN
(1) Gargantua était le sujet proposé