ACCORDONS-NOUS LA RECONNAISSANCE LOGIQUE DE LA FOLIE

 

par PatriceSCIORTINO

 


La trompeuse logique se réclame beaucoup trop souvent du bon sens plutôt que du sens tout court

I- Cerveau bilatéral

II- L'Etre pré-existant

III- Le sidéral sonore

Epilogue

 

Ce n'est pas par hasard que, de nos cinq sens, l'ouïe soit le seul dont nous ne pouvons pas, par un mécanisme physiologique, obturer l'accès.

Magnifique générosité ou innocence du corps terrestre (héraut du céleste).

Même dans le sommeil l'oreille est en permanence ouverte au monde et conséquemment ce n'est pas non plus par hasard que l'homme ait eu depuis toujours devant cet empire phonique la volonté d'en organiser l'univers, en d'autres termes faire avec des bruits, de la musique dont la nature n'aurait d'autre rapport essentiel signifiant que le son lui-même, privé de toute représentation au premier degré.

La trompeuse logique se réclame beaucoup trop souvent du bon sens plutôt que du sens tout court (et cependant profond). Face à ce constat et pour l'alimenter, les méandres hésitants rétrogrades et ruisselants qui aboutissent à la rivière, grossis de leurs "buissonnades".

Trois sujets, choisis entre autres, que le hasard (en est-il encore une fois ?) jette au travers du chemin comme un arbre mort, couché, qu'il faut débiter pour passerŠ

carŠ"l'inutile est notre épreuve" !

 

I- Cerveau bilatéral

 

C'est depuis longtemps un fait admis que les deux hémisphères cérébraux se partagent les rôles du mental.

L'un récepte, sensorialise, croit, palpite et entend quand l'autre organise, juge, émet, critique, ordonne et parle. Le discours musical sollicite les deux pôles - sinon simultanément, au moins avec une alternance si rapide qu'ils réagissent l'un sur l'autre avec l'habileté des pongistes. Aussitôt reçu, le message qui fait trembler les neurones est engrangé dans une mémoire mobile dont le "bol" est analysé à différents niveaux selon la technicité du sujet, et si, de surcroît, le récepteur est aussi l'émetteur (instrumentiste), l'échange s'accélère au point de multiplier son pouvoir exactement comme les harmoniques s'ajoutent en créant au hasard des imperfections les partielles additionnelles.

Mouvement perpétuel de deux miroirs face à face:l'oeil regarde l'oeil, sans laisser à la durée le temps d'intervenir. Mais cette bilatéralité induit un phénomène très significatif plus particulièrement chez le chanteur. L'interaction quasi simultanée du contrôle de l'émission et de la sensation sonore implique un mécanisme antérieur par le rappel des procédés et la connaissance des éléments formateurs résultant de la pratique automatique.

Soit un circuit comparable à l'effet acoustique "Larsen" que l'on peut considérer comme un troisième volet n'ayant pas la faveur de l'autopsie et dont l'existence pour n'être pas uniquement psychique est tout autant réelle, sans localisation latérale mais synchroniquement des deux cotés.

Ce troisième personnage "trinitial" prouve une fois de plus que toute copulation, serait-elle cervicale, s'enrichit d'une filiation et affirme par son essence la duplicité de ses origines en même temps qu'elle confirme que ce qui n'est pas spécifiquement anatomique n'en est pas moins concret.

Cette réflexion pourrait ne pas être stérile et animer les processus compositionnels.

Issu "ex abrupto" comme le Saint-Esprit du père et du fils, si ce"troisième" n'existait pas nous le ferions.

 

II- L'Etre pré-existant

 

Dans ce siècle d'évolution que, multiplie cet occident de révolution, les philosophes et les théosophes funambules du rasoir (celui qui tranche et pas celui qui "rase") s'essayent à se déstabiliser réciproquement dans un tournoi où la lance métallique de l'autre joute avec la soie subtile de l'un. Mais ni les "Teilhard" ni les "Einstein" n'en sont sortis autrement que "chus" dans le filet protecteur que le cirque offre aux imprudents.

Il m'apparaît, probablement soutenu par les délires de Nietzsche, que la divinité, si elle est envisageable, n'est pas en amont mais en aval.

Tout dans le cosmos est porteur du mystère mais tout, dans ce même cosmos, structure le primitif sinon vers le "mieux" au moins vers le "plus".

Pourquoi exclure de ce directionnel l'idée la plus préoccupante concernant l'être qu'il soit de chair ou d'esprit ?

Cette perfection, à laquelle nous aspirons et dont la conception s'affirme au point que nous la voulons à l'origine plutôt qu'à la fin, ne peut être qu'un résultat sinon quel ange - fût-il biblique - accepterait de déchoir au point de tout recommencer pour gagner un coeur s'il le possède déjà.?

Tant d'efforts, de cogitations, de thèses, de souffrance, d'horreur signée d'idéal, de guerre d'épée ou de plume, de chevaux en croupe ou électriques sont bien pour accéder au sommet.

Dieu n'était pas, nous le ferons!

Pourquoi résister obscurément à l'idée de cette quête dont l'issue pourrait être évidente sans l'obstination dogmatique et dont le caractère rédempteur serait roboratif.

Rien depuis l'explosion initiale "spontanée" n'interdit de souscrire à cette thèse, alors pourquoi ce contre-courant, quelle signature au bas de cette page d'histoire.?

Le temps réversible est la mémoire du futur.

Dieu n'était pas, nous le ferons!

Et quel "mentalisme" mieux que la science musicale serait cette mémoire. Langage annonciateur dont l'identité n'est pas arbitraire. Aucune relation véritable avec l'histoire.

Aucune dépendance avec la révélation de la matière, mais éternelle conséquence du mouvement éphémère et pourtant en constante dépendance de la mémoire cursive et du futur immédiat, elle échappe à toute préhension et sa fuite que nul support ne soutient est comme une lumière irradiante dans le noir du temporel.

Elle divague entre l'intellect maladroit, l'anecdote naïve et le sensoriel profane.

AlorsŠcomme Dieu, la musique n'était pas, nous la ferons !

 

III- Le sidéral sonore

 

Titre-Chapeau du Chapitre:progression:gaz, nébule, solide, feu.

Le son existe virtuellement avant d'être entendu.

Il est l'expression auditive d'une vibration antérieure. Il est passionnant de tenter une description objective et idéaliste du mouvement qui engendre les phénomènes lumineux ou sonores.

Vibrer c'est être l'objet d'une force dans un déséquilibre ou d'une inégalité de deux ou plusieurs forces et osciller dans un état d'instabilité entre l'origine et l'aboutissement de cette instabilité en créant une trajectoire répétitive pour un temps donné.

Toute notre connaissance s'assied sur le postulat que le temps est ininterrompu, égal et unidirectionnel et cette vision confortable s'accouple avec l'idée que l'espace est interrompu par la matière.

Si , par un vertige inimaginable, on renverse le concept, l'espace se meut uniformément dans la variation de la durée.

Qui bouge ? Qui est stable ?

Voilà ce que serait la folie si elle était reconnue comme autre chose qu'un chaos. Mais dans les deux cas la vibration possède cette magie existencielle qu'elle lie l'un à l'autre.

Organiser la palpitation stellaire équivaudrait à ramener la musique à une gamme.

"Impare deo placet".

Le désordre sacré est la vie , la logique n'en serait que la loi .

Les miraculeuses différences de poids, de vitesse, de chaleur et de frottement entre astre, satellite, nébuleuse et comète font du ciel une gigantesque partition qu'à leur insu les compositeurs essayent de transcrire guidés par un médiocre récepteur qu'ils croient être l'imagination.

Ainsi le sidéral offre au délire une situation "ambique".

Une énorme turbulence enseigne le rationnel et en dénonce l'immobilisme.

D'oU que s'oriente le regard, il agit comme un filtre perturbé par la sémentique des rapports absurdes dont "l'artiste" admire le pouvoir.

Rien n'est plus difficile à l'esprit que d'échapper aux limites de la raison pour découvrir son âme.

 

Epilogue

 

Le but n'était-il pas de souder le profil de ces trois preuves éprouvantes et improbables ?

Présence d'une troisième parcelle cervicale répartie et issue des deux premières introduisant l'idée que l'ETRE SUPREME est un devenir plus qu'un état et évoluant dans un univers dont la désorganisation chaotique illustre nécessairement une réalité en mouvance. Le tout annoncé par un délirant signal musical.

Alors ! cerveau sonore sidéral non pré-existant et trilatéral ?Šou logique d'une certaine folie ?

Patrice Sciortino

Retour au début de l'article

Sommaire d'Intemporel