La programmation de la Société Nationale entre 1909 et 1919 :

Le temps des révolutions

 

par Michel DUCHESNEAU

 


  1. Historique 1909-1919
  2. Abréviations des instruments
  3. Abréviations des revues et des journaux
  4. Configuration des entrées et symboles
  5. Liste des concerts 357 à 426

     

En 1871, lorsque Camille Saint-Saëns, César Franck, Henri Duparc et Jules Massenet fondent la Société Nationale, ils se proposent deux objectifs principaux. Le premier consiste à enrayer le mouvement artistique qui limitait la création musicale française aux genres lyriques en soutenant une nouvelle production de musique symphonique et de musique de chambre. Le deuxième objectif est de promouvoir les nouvelles oeuvres dans un cadre qui leur sera spécifiquement réservé et qui leur assurera une meilleure réception grâce à la présence d'un public formé de musiciens et d'amateurs convaincus. Ces deux objectifs se complètent d'une volonté commune de créer une société profondément nationaliste, en réaction à l'art germanique qui dominait la musique instrumentale en France à l'époque.

Le succès de la Société Nationale de Musiquen'est pas immédiat mais, progressivement, ses activités seront prises en considération par le public et la presse musicale. Entre 1870 et 1900, la société permet la création de nombreuses oeuvres de musique de chambre exceptionnelles. Citons par exemple le Quintette (1880) et le Quatuor à cordes (1890) de Franck, le Trio pour violon, violoncelle et piano (1882) de Chausson, le Trio pour clarinette, violon et piano (1888) de d'Indy, la 1re Sonate pour violon et piano (1877) et les 1er et 2e Quatuors à cordes de Fauré (1880 et 1887). La musique de chambre est une priorité des membres du comité de la Société Nationale de Musique mais la musique de piano et la mélodie ne sont pas pour autant négligées, comme en témoigne la place considérable que ces deux genres occupent dans les programmes de la société. Ainsi, entre 1871 et 1900, presque tous les concerts offrent un certain nombre de mélodies à un auditoire qui en raffole. Parmi les plus célèbres, citons Les roses d'Ispahan (1884) et le cycle Venise (1892) de Fauré. En plus de ses concerts de musique de chambre, la SNM a régulièrement organisé des auditions avec orchestre jusqu'en 1914. Ces concerts étaient des événements courus et ils permirent à des oeuvres importantes de voir le jour. Tel est le cas du 1er Concerto pour piano (1878) de Saint-Saëns, du Concerto pour violon (1873) de Lalo et du Prélude à l'après-midi d'un faune (1894) de Debussy.

La création de la SNM était liée à l'obligation pour les compositeurs français de faire front commun afin de surmonter les difficultés qu'ils avaient rencontrées jusque-là à se faire reconnaître et jouer. Pour mener à bien cette entreprise, il leur était nécessaire de mettre de côté leurs conceptions esthétiques personnelles au profit d'un objectif commun. C'est ce que Duparc semble confirmer, en 1912, dans un article qu'il publie dans la Revue musicale afin de rappeler l'importance qu'a eue la SNM pour l'essor de la musique française alors qu'elle est désormais concurrencée par la nouvelle Société Musicale Indépendante (créée trois ans auparavant). Au dire de l'auteur la SNM avait été une sorte de confrérie où, semble-t-il, régnait un climat d'entente idéal, permettant de promouvoir toutes les tendances esthétiques que l'on retrouvait au sein de la société (1).

Lorsque d'Indy fit voter, à l'assemblée générale du 21 novembre 1886, une modification aux statuts de la société afin qu'elle puisse désormais accueillir des oeuvres étrangères, l'équilibre entre les différentes tendances esthétiques est rompu. En effet, plusieurs membres du nouveau comité, dont d'Indy, vont peu à peu imposer à l'ensemble des sociétaires une orientation qui favorise un langage musical issu de l'oeuvre de leur maître César Franck, dont les principes seront amplifiés par l'enseignement de la Schola, institution fondée par d'Indy et Charles Bordes en 1894.

 

Entre 1871 et 1890, Fauré et d'Indy avaient été les principaux représentants du jeune courant réformateur de la musique française et bien que les tendances esthétiques véhiculées par leurs oeuvres aient été différentes, ils n'avaient pas cherché à renouveler de façon révolutionnaire le langage musical. Ces compositeurs constituaient une avant-garde qui développe un art dont les techniques et les conceptions esthétiques étaient encore profondément ancrées dans le XIXe siècle et dont la SNM diffusait les oeuvres sans discrimination. Mais, lorsque la SNM programme les oeuvres de Debussy dans les années 1890, que d'Indy, président de la SNM depuis 1890, fonde la Schola en 1894 et que Fauré devient professeur de composition au Conservatoire en 1896, les enjeux s'en trouvent modifiés.

Les oeuvres de Debussy font intervenir de nouveaux principes esthétiques où la forme n'obéit plus à des contingences structurelles préétablies et où le développement harmonique est guidé par les sensations du compositeur plutôt que par des schémas traditionnels. Les oeuvres de Debussy telles que le Quatuor à cordes, créé à la SNM le 29 décembre 1893, ou le Prélude à l'après-midi d'un faune, créé le 22 décembre 1892, provoquent des remous. Ces oeuvres influencent profondément les nouvelles générations de compositeurs, mais sans pour autant déstabiliser le milieu qui soutient l'ensemble des activités du domaine musical. En effet, l'oeuvre de Debussy s'intègre parfaitement aux moeurs et aux intérêts d'une élite favorable à l'essor d'une musique française et originale, à l'instar du renouveau qu'a connu la peinture française par l'intermédiaire des oeuvres impressionnistes. La liberté de langage et de structure dont témoignent les oeuvres de Debussy inspire de nouvelles conceptions de l'art musical aux jeunes compositeurs, tels que Koechlin et Ravel, qui, sans chercher à l'imiter, adopteront son esthétique: «vérité de la forme jointe à la liberté de la forme vis-à-vis des règles et des usages &endash; avec la seule obéissance à l'instinct musical (2).» Ces compositeurs, pour la plupart élèves dans la classe de Fauré au Conservatoire, présenteront leurs oeuvres par l'intermédiaire de leur professeur au comité de lecture de la SNM et demanderont leur adhésion en tant que sociétaires. Mais l'entreprise se révèle de plus en plus difficile, car d'Indy, président de la SNM depuis 1890, favorise ses élèves et disciples, tous formés à la Schola. Au cours des premières années du XXe siècle, la SNM est ainsi devenue le véritable bastion d'une institution.

Pour résister à cette mainmise des Scholistes sur l'unique société musicale française destinée à promouvoir la création en matière de musique de chambre, Ravel, Schmitt et Koechlin envisagent donc de créer une nouvelle société. Les événements déclencheurs sont nombreux: les refus et les échecs essuyés au fil des années par Ravel, puis par ses élèves; une série d'articles publiés par le Mercure de France, en 1909, sur la SNM et ses attaches avec la Schola de même que sur les différences entre l'enseignement du Conservatoire et de la Schola (donc entre la classe de Fauré et celle de d'Indy), contribuent adéquatement à instaurer le climat nécessaire au schisme que va connaître la SNM entre 1909 et 1910 (3). La création de la Société Musicale Indépendante par Ravel et ses amis (Koechlin, Huré, Schmitt, Vuillermoz) obtient l'appui d'un milieu artistique et social particulièrement favorable à l'émergence d'un nouveau courant musical axé sur l'essor international des arts. La création de la SMI à la fin de l'année 1909 concorde avec l'arrivée des Ballets russes à Paris et le lancement par l'italien Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944) dans le Figaro, d'un manifeste futuriste par lequel il incite les artistes à rejeter le passé au profit du monde moderne.

 

La scission de la SNM ne provoque pas pour autant son effondrement. La stabilité de son fonctionnement et la fidélité de la plupart de ses membres lui permettent de maintenir le rythme de ses activités. Entre 1909 et 1919, la SNM organise ainsi 73 concerts dont la plupart ont lieu dans les salles les plus importantes de Paris (Pleyel, Érard, Gaveau). Le public de ces concerts s'est fait très nombreux jusqu'en 1914 et, même si parfois celui-ci semblait plus attiré par la perspective du scandale que pouvaient provoquer les oeuvres nouvelles, sociétaires et invités apportaient leur soutien à l'essor d'une musique de chambre française novatrice. La réputation des concerts de la SNM et de la SMI se traduisait par un nombre important de comptes rendus dans la presse musicale de l'époque. Pierre Lalo, Gaston Carraud, Émile Vuillermoz, pour ne citer que les plus connus, ont largement contribué à la diffusion des oeuvres présentées par les deux sociétés grâce à des analyses, parfois partisanes, mais la plupart du temps pertinentes quant au rattachement des oeuvres critiquées à une esthétique ou à une autre.

L'analyse de la programmation de la SNM confirme que celle-ci accordait une place prépondérante aux compositeurs français et étrangers, élèves et professeurs de la Schola, alors que la SMI se distinguait par des programmes qui favorisaient les compositeurs issus du Conservatoire, et plus particulièrement de la classe de Fauré, ainsi qu'un grand nombre d'étrangers. En général, les oeuvres des compositeurs étrangers étaient entendues en première audition française et constituaient des événements de grande importance. Cependant, compte tenu de son mandat, ce sont plutôt les créations d'oeuvres de musique de chambre française qui rendent fondamentale la programmation de la SNM pour l'essor de la musique française. En effet, entre 1909 et 1919, près de 230 oeuvres ont été créées à la SN: ainse se trouvera assureré la diffusion des oeuvres de compositeurs tels que Magnard, Roussel, Labey, Bréville, Ropartz et Samazeuilh.

 

Bien que la SNM ait été créée pour promouvoir la musique de chambre (quatuors, trios, sonates), les genres dominants sont ceux de la mélodie et de la musique de piano. Cependant, l'analyse des programmes révèle une étonnante production de quatuors à cordes, ceux-ci occupant 12,5% de la programmation totale de la société. Notons cependant que le genre est davantage représenté à la SNM (12,5%) qu'à la SMI (7,4%) où les genres non traditionnels tels que les formations mélangeant vents et cordes ou encore les formations pour voix et intruments occupent 10% de la programmation (contre 5% à la SN). Ce clivage entre les genres exploités par les deux sociétés reflète les tendances esthétiques qui se manifestent respectivement en leur sein.

Souvent formés à la Schola, les compositeurs dont les oeuvres sont jouées à la SNM privilégient les formes et les genres traditionnels ainsi qu'un langage essentiellement tonal dont les structures reposent sur le développement thématique cyclique (d'Indy, Ropartz, Labey, Samazeuilh). De ce fait, la programmation de la SNM témoigne d'un relatif conservatisme. Même si la SMI semble avoir davantage ouvert ses portes aux oeuvres les plus audacieuses de compositeurs étrangers, dont le contact façonnera une bonne part de l'avant-garde française, il n'en reste pas moins que la SNM participera à la mise en place d'éléments de renouveau qui caractériseront la musique française au lendemain de la guerre. L'éloignement de la musique de chambre des formes et des genres traditionnels, par l'intermédiaire de l'exotisme puis par l'utilisation du folklore, en témoigne. Les lieux exotiques, qui avaient déjà inspiré Debussy, apparaîtront de plus en plus originaux. Les compositeurs quitteront l'Espagne et Bali, pour le Moyen Orient et le Japon. Le folklore européen, que l'on retrouve dans les chansons populaires et les oeuvres descriptives telles que la Suite basque de Bordes, les Soirs armoricains de Vuillemin et les Impressions d'Ariège de Delmas, inspirera aux compositeurs français des oeuvres qui contribueront à un renouveau significatif de la musique de chambre.

 

La Première Guerre mondiale ralentira les activités musicales à Paris. Cependant, il s'agira pour la SNM et la SMI d'une période importante de leur histoire, car ces sociétés tenteront une fusion, profitant du climat «d'union sacrée» qui prévalait alors. Cette fusion échouera et elle ravivera les querelles entre Scholistes (de tendance nationaliste) et Indépendants (de tendance plus libérale). Néanmoins, cet événement favorisera un renouvellement de la SNM sous la présidence de Fauré. De plus, le contexte social et artistique permettra à de nouvelles caractéristiques musicales d'éclore au sein des deux sociétés. Les sonates pour violon et piano de Fauré et de Debussy déclencheront un mouvement de retour à des sources d'inspiration proprement françaises. Ce renouvellement, qui s'impose en réaction aux styles et aux genres de la musique germanique du XIXe siècle, se traduira par la réapparition d'une musique de chambre pure. Celle-ci se distinguera de la musique prônée par les tenants de la Schola par le recours à des formes et à des styles essentiellement hérités des XVIIe et XVIIIe siècles. Notons cependant qu'une telle évolution de la musique de chambre a des racines plus profondes et que les programmes de la SNM et de la SMI révèlent, bien avant la guerre, un certain nombre d'oeuvres qui figurent parmi les précurseurs de cette tendance telles que la Suite op. 14 pour piano de Roussel, qui date de 1911. Malgré, de profondes divergences, les deux sociétés auront assumé, de 1910 à 1918, un rôle fondamental dans la création et la diffusion d'oeuvres d'avant-garde. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les deux sociétés reprendront leurs activités, mais peu à peu, leurs intérêts et leurs objectifs tendront à se confondre en raison des intérêts et des habitudes d'une nouvelle génération de compositeurs, ceux-ci préférerant une plus grande autonome artistique que celle traditionnellemenet offerte par la SNM et la SMI (4).

 

Abréviations des instruments

al

alto

bs

basson

ca

cor anglais

cb

contrebasse

ch

choeur

ce

célesta

cl

clarinette

cs

clarinette basse

cv

clavecin

cr

cor

cy

cymbale

fa

flûte alto

fl

flûte

fp

flûte de Pan

gg

gong

gi

guitare

hb

hautbois

hp

harpe

oc

orchestre à cordes

og

orgue

om

ondes martenot

or

orchestre

pc

piccolo

pf

pianoforte

pn

piano

pn4m

piano à quatre mains

qc

quatuor à cordes (2vl, al, vc)

qv

quintette à vent (fl, hb, cl, bs, cr)

sx

saxophone

ta

tambour

tb

trombone

ti

timbre

tg

triangle

tm

timbale

tp

trompette

vl

violon

vg

viole de gambe

vc

violoncelle

vx

voix

xy

xylophone

vx

voix

xy

xylophone

 

Abréviations des revues et des journaux

C Comoedia

CM Le Courrier musical

GC Le Guide du concert

GM Le Guide musical

L La Liberté (journal)

M Le Ménestrel

MF Le Mercure de France

MM Le Monde musical

PS Programme de la société

RFM Revue française de musique

RM La Revue musicale

T Le Temps (journal)

TSG Tribune de Saint-Gervais (Revue musicologique de la Schola Cantorum)

 

Configuration des entrées

Numéro du concert. Date (année-mois-jour); salle; sources. Compositeur, oeuvre(s) (instrumentation). Note

 

Abréviations et symboles

HS Concert hors-série

* Création

 

La présence d'un point d'interrogation après l'étoile ([?) signifie qu'il s'agit d'une création ou d'une première audition qu'il a été impossible de confirmer. Les numéros d'opus et les tonalités ne sont indiqués que dans la mesure où ils sont essentiels à l'identification des oeuvres.

 

Le répertoire qui suit, qui reconstitue l'ensemble de la programmation de la SNM et de la SMI entre 1909 et 1939, a été établi à partir des comptes rendus, des critiques et des documents d'archives, de même qu'à partir des informations contenues dans de nombreux ouvrages sur la musique française et dans les programmes des deux sociétés qu'il a été possible de retrouver. Des noms de compositeurs inconnus et certaines informations manquantes forment des lacunes qui resteraient à combler.

Ce répertoire prend en considération de façon prioritaire les intentions de programmation du comité de la SN, car celles-ci sont plus révélatrices que les changements provoqués par la défection d'interprètes, changements que ne précisent pas toujours les programmes imprimés et les comptes rendus. Il arrive aussi que les informations se contredisent d'une source à l'autre. Dans la mesure du possible, nous avons tenté de reconstituer les programmes le plus fidèlement possible. Dans le cas où la programmation reste incertaine, nous le mentionnons dans la partie «note» des entrées.

 

Cliquez sur le numéro d'un concert pour obtenir le programme détaillé.

 

357

358

359

360

360b

361

362

363

364

365

366

367

368

369

370

371

372

373

374

375

376

377

378

379

380

381

382

383

384

385

386

387

388

389

390

391

392

393

394

394b

395

396

397

398

399

400

401

402

403

404

405

406

407

408

409

410

411

412

413

414

415

416

417

417b

418

419

420

421

422

423

424

425

426

 

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